Ballade dans le temps des batailles pour l'emploi.

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Ballade dans le temps des batailles pour l'emploi.

Message  zoubida le Ven 12 Oct - 14:03

Certains d'entre vous s'en rappelleront, cela ne date que de trente ans.
Le conflit Dufresne, le musée des vieux tacots acquis malhonnêtement sur le dos des travailleurs du textile de Roubaix et Wattrelos.
Je vous propose une publication chaque jour d'un petit fascicule écrit par les acteurs de ce conflit.
Ceci par épisode tous les deux jours.
Histoire de ne pas jeter l'histoire douloureuse de ces travailleurs aux oubliettes.
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Roubaix et Wattrelos vu sous un autre angle.
LE REFUS DE LA FATALITE. Conflit Duffrenne.
Préface
Pourquoi avons-nous fait ce livre ? On a voulu expliquer notre lutte : on est des pions sur un échiquier et on en a marre de se laisser faire par les patrons. Nous n'avons pas tout dit: Maintenant que c'est fini, on se rend compte qu il en manque les trois quarts. Au départ, par exemple, on aurait du parler des piquets de grève sur l'usine à Roubaix, car sans cela il n y aurait jamais rien eu ; cela a été le point de départ de la lutte. Tout cela est dit simplement avec notre cœur. Nous souhaitons que nos enfants connaissent notre lutte et soient capables de prendre la relève. Dans les années 75 - 76, l'ouvrier « Defrenne » se porte bien. Son entreprise a acquis une renommée mondiale et la crise du textile ne l'a pas atteinte : les carnets de commande sont bien remplis, le maté-riel moderne de l'usine est en parfait état de marche. C'est alors que le scandale éclate comme une bombe : l'usine dépose son bilan. Les travailleurs répondant aux propositions faites par les délégués syndicaux CFDT et CGT en lien avec les luttes antérieures pour plus de justice dans l'entreprise décident de sauver coûte que coûte leur emploi puisqu'ils ont la certitude que leur entreprise est parfaitement viable et qu'Us ont la compétence requise. Les occupants vécurent 575 jours difficiles, acceptant de nombreux sacrifices et de lourds efforts. Mais leur lutte peut être un témoignage pour d'autres travailleurs vivant une situation semblable, ils seront largement récompensés de leurs peines.

Cet ouvrage collectif fut réalisé par les quatre-vingt cinq ouvriers licenciés économiques en plan de formation durant un an. Pendant les trois derniers mois, la formation acquise nous a permis de réaliser ce livre qui relate notre « histoire ». Au début, ce projet n'a pas suscité l'enthousiasme général parce que la plupart étaient effrayés par la difficulté que cela représentait (*). D'autres ne voyaient pas l'utilité de parler encore d'un conflit qu'ils vivaient jour et nuit depuis près de deux ans. Cinq groupes ont travaillé sans qu'aucun thème soit imposé, ce qui permit à plusieurs opinions de s'exprimer. Des témoignages étaient enregistrés au magnétophone avant d'être inscrits sur le papier ; d'autres ont été écrits directement par petits groupes ou individuellement; le tout corrigé collectivement. Chacun donnait le meilleur de lui-même. Certains ont compris qu'il était nécessaire que soit publiée cette partie de leur vie. Nous étions concernés, c'était notre propre affaire et cela nous donnait la preuve que nous pouvions faire autre chose qu'un travail manuel. Nous avons pris conscience que l'expression de nos témoignages correspondait à un besoin de faire connaître nos peines, nos joies, notre espoir. Maintenant que nous apercevons la fin du tunnel il nous a semblé que le moment était propice pour réaliser cet ouvrage. Deux heures par semaine, quelques volontaires de chaque groupe se dégageaient pour un travail de synthèse. Ils rassemblaient, puis triaient, mettaient en forme les photos, les articles de journaux, les tracts, les documents comptables, etc... Enfin, pendant plus d'un mois, six personnes parmi les quatre-vingt cinq « auteurs » de cette « histoire » ont essayé d'harmoniser, en les respectant au maximum, tous ces documents pour en faire le récit que vous allez lire. Intentionnellement tous les noms ont été changés, mais les auteurs sauront bien se reconnaître. Le moral des occupants a été soutenu jour après jour, par un immense courant de sympathie dont ils veulent faire mention dans ce livre. Que soient donc chaleureusement remerciés tous ceux qui ont aidé les travailleurs dans leur lutte et dans la légitime occupation de leur usine, ainsi que dans la rédaction de leur histoire : les travailleurs de quelques entreprises de la région, les camarades alsaciens, les responsables syndicaux, notamment de la CFDT, les municipalités, les formateurs du CUEEP, etc...
Comme on rejette des citrons pressés, trois cents travailleurs textiles roubaisiens sont abandonnés sur le pavé, un beau jour du mois de juin 1977. Appartenant à un groupe lainier dirigé par les frères Schiumpf, des maniaques de l'automobile, ces travailleurs, ainsi qu'un millier d'autres, alsaciens pour la plupart, avaient été honteusement exploités dans le seul but de voir s'ouvrir à Mulhouse un «Musée de la Voiture» unique au monde. Le PDG du tissage roubaisien, Jean Deffrenne, suivant l'exemple des Schiumpf se livra à des malversations criantes, détournant à son profit des éléments de l'actif de la Société de Roubaix et Leers, amenant celle-ci à sa ruine. Relevant le défi, les travailleurs, soutenus, conseillés, et épaulés par les syndicats CFDT et CGT, commencèrent alors une lutte longue et éprouvante pour sauver leur emploi. Après 575 jours, cette lutte se transforme en espoir, l'espoir de retrouver le travail perdu et de voir naître au sein de l'entreprise un climat social favorable à chacun.
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Groupe "SCHLUMPF"
L'ENTREPRISE DEFFRENNE
CREATION DE L'ENTREPRISE en mars 1946 - S.A.R.L. Jean Deffrenne & Cie, rue des Sept-Ponts ; bureaux, rue Daubenton à Roubaix. Jean Deffrenne, né le 7/07/1914 à Leers - fils d'ouvrier -De 1930 à 1937 il travaille à la manufacture de laine à filer à Roubaix - de 1937 à 1939, employé au service des ventes chez Christory à Tourcoing - Marié avec une dame fortunée. Vendeur de tissus, il s'associe avec deux gars en 1945, cela tourne mal, et en 1951 il crée son entreprise à la fosse aux chênes à Roubaix, quelques métiers et on fonce ! Création de l'entreprise pour produire des tissus - tissage draperies fantaisie. Homme - matériel : 2 petits métiers - effectif réduit. En 1952, dépôt de bilan suivi d'un règlement judiciaire à causé de l'effondrement des cours de la laine. Les cours mondiaux de la laine sont très fluctuants. En 1953, transformation de la forme de la société J.D.C. - S.A.R.L. Jean Deffrenne & Cie en S.A. Le 24/08/1953, le capital passe de 5 à 20 millions de Francs. Le principal créancier au moment du règlement judiciaire, est le fournisseur de filés, la filature de Malmer-spach, une S.A. dont les principaux actionnaires sont les frères Schiumpf. Suite à la guerre de Corée, Deffrenne s'écroule, ses principaux créanciers, les frères Schiumpf, effacent ses dettes mais il sera obligé de prendre ses matières premières chez eux à n'importe quel prix.

Le pouvoir change de mains : le créancier Malmerspach demeure. Le montant des traites ne correspondait jamais aux factures. La Société J. Deffrenne & Cie acceptait des traites à Malmerspach dont le montant et l'échéance n'étaient pas fixés. Deux mois avant l'échéance la Société Malmerspach faisait connaître le montant et l'échéance de la traite déjà signée par J. Deffrenne, la filature de Malmerspach avançait les fonds nécessaires au paiement de la traite. J Deffrenne et Malmerspach étaient comme cul et chemise. Etant donné la signature de traites en blanc par J. Deffrenne en faveur de Malmerspach, on peut dire qu'il y avait une dépendance directe de J. Deffrenne de la Société Malmerspach. Risques : C'est que Malmerspach pouvait présenter une traite dont le montant serait égal à la dette totale de J. Deffrenne. Il suffisait que le montant de la traite soit trop élevé pour les finances propres de J Deffrenne & Cie et que Malmerspach ne vienne pas a son secours pour que J. Deffrenne & Cie se trouve en état de cessation de paiement. En fait, la dépendance est réciproque : J.D.C. dépendait de Malmerspach et Malmerspach dépendait de J.D.C. étant donne que J.D.C. était un débouché pour elle. Extension de l'affaire : Transfert rue Dampierre - création de l'équipe de nuit - 3 équipes au lieu de 2 - augmentation du personnel de production - création d'un atelier de piqûrage dans le Pas-de-Calais (Fouquières-lez-Lens) en 1961 - achat d'une usine (plusieurs ateliers) Leers en 1963. avec investissements (achat de 24 nouveaux métiers). Cela se traduit par un doublement de la production.
Conclusion : De 1954 à 1965, l'entreprise connaît sa période faste qui correspond au même phénomène dans le groupe Schiumpf. Jean Deffrenne reste P.D.G. avec une action sur 4 000 et deux autres aux actionnaires Lehoucq-Mouchans, soit 3 997 pour Schiumpf. Son entreprise grandit, il achète des métiers «Texo» ; l'incendie détruit le piqûrage, la préparation, le stock fini. Il fait travailler à domicile et à Fouquières (Pas-de-Calais) pour le piqûrage. Installation sur Leers d'un deuxième tissage puis il réintègre le piqûrage après la reconstruction de Dampierre. C'est reparti
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UN MUSEE QUATRE USINES FERMEES ET 1850 LICENCIEMENTS OU « DETRUIRE POUR POSSEDER »
Hàns et Fritz Schiumpf sont nés en Italie d'un père suisse, vendeur de tissus, et d'une mère alsacienne, dans le même village qu'un futur constructeur automobile, Bugatti, qui s'installera plus tard en Alsace, à Molsheim (Haut-Rhin). Ces deux frères feront des affaires commerciales et financières. 1938 : Ils prennent possession des filatures de laine peignée de Malmerspach (H.R.), travaillent pendant la guerre sous la bannière suisse et en parfait accord avec les nazis, ce qui leur vaudra bien des ennuis en 1945, avec les gens de la vallée où ils sont propriétaires de tout le village. Comme il n'y a rien d'autre à Malmerspach ils reprendront leurs activités. Dans les années 1955-56, ils acquièrent la filature d'Erstein (Bas-Rhin), contrôlent Deffrenne mis en difficulté par la guerre de Corée (cours de laine). Comme Deffrenne est leur débiteur, ils le reprennent financièrement (conditions obscures). En 1975 H.K.C. tombe sous leur coupe. Le directeur de cette entreprise se suicide. Entre temps, ils préparent leurs folies : Musée d'automobiles SCHLUMPF. 1971 : La filature Gluck est absorbée. Leur devise et leur ambition sont accomplies : « Acquérir, posséder, dominer, l'industrie lainière en filature de laine peignée alsacienne ». Groupe H.F. SCHLUMPF. 1974 : Les Schiumpf sont les maîtres de la vallée et s'apprêtent à ouvrir leur musée mais très peu d'ouvriers savent ce qui se passe et celui qui est trop curieux risque sa place (congédié). Décembre 1975 : Le groupe Schiumpf a en réserve 27 millions de Francs. Pendant ce temps aucun contact avec le personnel, les délégués, ni le comité d'entreprise.
Juin 1976 : Ces messieurs prévoient l'ouverture du Musée automobile Schiumpf pour le 25 juin : droit d'entrée 50 F. N'entrera pas qui veut, seulement les personnalités du spectacle, du monde de l'automobile, ainsi que celui de la politique. L'Hôtel du Parc a Mulhouse, commandanture pendant la guerre, est acheté et remis à neuf pour recevoir tout ce beau monde.
25 juin 1976 : Les frères Schiumpf abandonnent leurs intérêts industriels pour la somme d'un franc symbolique à celui qui voudra continuer leur œuvre. Mais ils ne parleront pas de leurs dettes (10 milliards) aux créanciers : les banques ! Le musée est estimé à 12 milliards. Cette défection entraîne comme conséquence la mise sous administration provisoire des trois filatures alsaciennes : Malmer-spach, Erstein, Gluck, soit mille cinq cents ...
A suivre.

zoubida

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Partie deux de la préface.

Message  zoubida le Dim 14 Oct - 17:34


ouvriers inquiets pour la suite des événements et leur avenir. Le groupe Schiumpf comprenait avec Deffrenne : mille huit cent cinquante ouvriers.
Le groupe Schiumpf est constitué de sociétés appartenant à la branche textile. La participation directe s'exerce essentiellement sur les entreprises (Sociétés) qui ont une activité industrielle ou commerciale : H.K.C., filature de Malmerspach, filature d'Erstein, filature de Gluck. La participation indirecte (par l'intermédiaire des sociétés industrielles ou commerciales) se fait essentiellement sur des sociétés « en sommeil » qui n'ont pas d'activité réelle : Sogetex, Textile du Rhinau, Société Commerciale de Malmerspach, les laines de Malmer-spach.
Deux exceptions : - Cas du tissage Deffrenne qui a une activité industrielle et la participation des Schiumpf se fait d'une façon indirecte; - Cas de la Société Anonyme pour l'Industrie Lainière (S.A.I.L.) qui est une société « en sommeil » mais dans laquelle la participation des Schiumpf se fait d'une façon directe.
Deux sociétés à caractère patrimonial : Hôtel du Parc, Musée Schiumpf S.A. La participation y est directe bien que celles-ci soient « en sommeil ».
Définition d'un groupe (jurisprudence). Un des critères fondamentaux qui définissent le groupe : détention à 99 par une même famille, du capital des sociétés considérées. S'agit-il d'un groupe ? Oui, puisqu'il répond au critère ci-dessus. Cette évidence a toujours été repoussée par les « frères Schiumpf » qui n'admirent jamais l'application de la notion de groupe à leurs sociétés. Il semblerait que cette position soit développée dans le seul but d'éviter d'incorporer dans ce groupe textile les deux sociétés à caractère patrimonial.
L'Hôtel du Parc a été acheté en 1970. Sympathie pour le passé fastueux de l'armée allemande qui avait établi son siège à l'Hôtel du Parc pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Le désir de puissance, GROUPE « SCHLUMPF » le désir de perpétuer le nom, ont conduit les frères Schiumpf à créer un musée d'automobiles, unique au monde, avec une prédominance de voitures « Bugatti », grande marque de l'époque, et à dédier ce musée à leur mère. Ce musée est doté de trois restaurants et de trois petits bars de styles différents et très recherchés, autrichien, vénitien, alsacien ; et tout ceci pour une clientèle particulièrement aisée. Les visiteurs auraient eu la possibilité de boire du Champagne «Schiumpf» et pour les grandes dames, la possibilité d'acheter des foulards «Hermès» reproduisant des modèles de voitures de la collection. Ils y auraient accédé par voie aérienne, un héliport ayant été aménagé au sommet de l'hôtel. L'idée de rentabilité n'est pas négligée, loin de là, puisque des caisses enregistreuses étaient prévues pour la visite du Musée par un plus large public. Comme les châteaux du Moyen-Age furent bâtis pour les seigneurs, par le travail des serfs, on peut dire que le musée des frères Schiumpf a été réalisé par l'exploitation du travail des ouvriers du groupe. Le financement du musée a été effectué en partie par les bénéfices réalisés au niveau du groupe et en partie par des opérations de prise en charge de différents frais d'installation et d'aménagement du musée par les sociétés de production. C'est le cas notamment du du carrelage, des allées, pris en charge par les filatures de Gluck et Malmerspach ; les frais de transport afférents à l'orgue Mortier, par la Société Jean Deffrenne ; la rémunération du personnel du Musée, une trentaine de personnes, pris en charge par la filature de Malmer-spach, etc.
Outre le caractère frauduleux de telles opérations (frustration du fisc) celles-ci se firent au détriment des investissements nécessaires à effectuer pour la viabilité des unités de production et favorisaient les sociétés à caractère patrimonial. Par ailleurs, sur un plan social, la frustration des travailleurs est évidente puisqu'aucune participation aux bénéfices n'était possible. En effet, ces opérations viennent s'ajouter à celles qui consistaient à dissimuler les bénéfices des sociétés de production (à effectifs importants) en faveur des sociétés actives dont le seul personnel était constitué uniquement des associés, par le jeu d'opérations commerciales.

REVENONS CHEZ DEFFRENNE .
A partir de 1971 jusqu’en 1975, des investissements importants son réalisés.
Tissage : Achat de 30 nouveaux métiers à tisser sans navette «Type Versamat», c'est-à-dire beaucoup plus performants, destines a renoua vêler le matériel usé de Roubaix. Ces achats constituent la première tranche d'une politique d'investissements. Achat de 20 métiers a tisser d'occasion à navettes, qui porte à 68 e nombre de me er des ateliers de Leers. Achat d'une deuxième tranche de 30 métiers à tisser S.N. destinés au tissage de Leers. Dix de ces, métiers. rentrent en octobre 1975. Décembre 1975 : 10 métiers. Mars 1976 _ 10 métiers, plus les 24 d'occasion. Le but était de regrouper les deux Ssîges sur Leers, soit 84 métiers sans navettes, plus 4 Diedenchs et 12 Texo pour échantillonnage. Au total l'entreprise acquiert 104 métiers en 4 ans.

Ourdissage : Opération qui consiste à réunir en une nappe un certain nombre de fils sur une certaine longueur et une certaine largeur. Cette nappe constitue la chaîne du tissu. Achat d'un ourdissoir sectionnel «Schalfhorst» (qui après quelques transformations permet de travailler les nylons), qui vient s'ajouter aux trois éléments existants, permettant d'augmenter la capacité de production de l’entreprise. Achat d'une machine électronique à ourdir «Hergeth» permet-tant la fabrication des échantillons.

Retordage : Opération qui consiste à réunir, avec une certaine torsion, deux ou plusieurs fils permettant la fabrication d'une gamme plus étendue d'articles. Achat de huit continus à retordre d'occasion. Achat d'un vaporisateur (autoclave) pour fixer la torsion du fil.
Ateliers de finition après tissage : Constitution d'un parc de tables à visiter automatiques. Achat d'une machine à plier «Atnas». Constitution de perches de visite finie.
Administration et bâtiments : Cette politique d'investissements entraînait une politique d'aménagement des bâtiments et installations. Augmentation de la surface occupée (création d'un nouvel atelier de rentrage). Carrelage des ateliers de tissage. Installation d'une nouvelle cabine E.D.F, pour répondre aux normes de fonctionnement. Achat de nouvelles chaudières. Au niveau administratif : leasing d'un ordinateur destiné principalement à la gestion.
Ces investissements se sont accompagnés d'une restructuration entraînant la suppression de plusieurs postes (tous les barilleurs, certains tisserands, toutes les caneteuses). Les différentes acquisitions se sont accompagnées d'un regroupement des ateliers de production sur Leers en 1975, ne laissant à Roubaix que les bureaux, le piqûrage et le retordage.

la charge des tisserands s'est trouvée alourdie, elle passe de 6 métiers ayant une vitesse de 100 coups minute à 10 métiers ayant une ^se de 220 coups minute et la disposition de ces dix métiers étant telle que les dépècements des travailleurs nécessaires a la surveillance des métiers deviennent beaucoup plus importants.
L'agrandissement d'une entreprise entraîne la « diminution de l’homme effectue de plus en plus des tâches répétitives et celui-ci permet plus de s'épanouir comme peut le faire un artisan.
On attribue un numéro à chacun. L'ouvrier ne se sent plus concerne par le résultat du travail. Sentiment d'un travailleur .«Quand gavais six machines, j'en étais maître, lorsque j'en ai eu dix, ce sont les machines qui sont devenues maîtres de moi».
Le travail de matières délicates permis par le nouveau matériel a occasionné un surcroît de charge pour les ouvriers : en effet il nécessitait "ne intervention plus fréquente de l'ouvrier. Le regroupement- des ateliers de production de Leers a change le cadre de S Les locaux sont grands et les contacts entre individus plus difficiles En contre partie, la rivalité entre les tisserands de Leers et ceux de Roubaix, voulue par la Direction, s estompe. Ta production du travail a plus que triplé (trois cent quarante neuf pour cent) 300 000 duites / jour à 1 000 000 duites / jour. Ces chiffes sont arrondis et ne tiennent pas compte des temps morts. Les temps d'arrêts, plus importants avec les nouveaux métiers, provoqués par te changement plus fréquent de chaînes sont compensés par moins de défauts (ex. : raftes, detramage, etc. . .). Il faut d’autre part signaler la réduction du coût de la matière première réalisée grâce à la suppression de fil restant sur canettes.
Au C E les délégués CFDT avaient calculé par analyse que cela coûtera le licenciement d'une trentaine de personnes car Jean
Deffrenne avait dit que l'opération coûterait 100 millions AF. Jean Deffrenne nous en ï voulu d'avoir déclaré 30 licenciements chez Deffrenne au syndicat.
Février 1975 : A force d'arguments nous avions réussi a ramena licenciements à 13 personnes. Licenciement effectif début juin 1975 : les plus anciens, âgés de 60 ans, et les barilleurs avec les tisserands indésirable. Jean Deffrenne arrivera à son but en n'embauchant plus. Les départs ne seront plus remplaces (avril 19 /&).
Production accrue mais les salaires sont loin de suivre. Demande du C.E. pour avoir l'aide d'un expert comptable (Syndex) pour étude des bilans.
En juin 1975 le tissage est opérationnel : moyenne horaire / semaine:
46 heures et cela jusqu'en mars 1976.

On se souvient du passé...
A Roubaix, on étaient toujours contents. Il n'était pas question de faire grève aux ouvriers de Roubaix. On y gagnait plus qu a Leers. Ceux de Roubaix savaient qu'à Leers on gagnait moins, mais ne sa_ valent pas exactement la différence. A Leers, il y avait aussi 2 a 3 tisserands qui gagnaient bien leur vie, mais le reste avait des salaires médiocres, en dessous de la moyenne textile de Roubaix Tourcoing Toutes les semaines, il y avait d'ailleurs 5 à 6 tisserands à embaucher preuve que les tisserands ne restaient pas et qu'il y avait un manque a d'information sur les salaires entre l'atelier de Roubaix et celui de Leers A l'embauche, on montrait les beaux salaires de Roubaix, les belles feuilles de paie. Ensuite, on se trouvait à Leers avec un salaire beaucoup moindre. Chez Defrenne, c'était toujours comme cela. Dans chaque secteur, il y en avait quelques uns qui gagnaient bien et les autres peu. Par exemple, au tissage, en 76, il y avait 3,50 F d écart, soit environ 20 , entre les tisserands les mieux payes et les moins payés. En 62-63, quand Defrenne a tourné avec ses métiers Vandenbrouck et des Choener à Roubaix, il n'y avait que des métiers dulte a dulte, c'est à dire des métiers qui peuvent faire tous les dessins. Les tisse-rands avaient au départ 4 Vandenbrouck ou 6 Choener. Appoint de vue qualification, c'était alors le sommet. Les tisserands de 1 usine de Leers travaillaient sur des automatiques qui ne peuvent faire tous les dessins

zoubida

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Re: Ballade dans le temps des batailles pour l'emploi.

Message  zoubida le Mar 23 Oct - 17:55

nférieure. Mais leur production était beaucoup plus forte. L'écart des salaires entre Leers et Roubaix n'était donc pas justifié mais cette petite guerre a duré des années.
En 1962, à peu près, les métiers Vandenbrouck ont été transformes avec des plus grandes navettes et un œil électronique : le métier s'arrête quand la canette est finie. A partir de ce moment là, le tisserand avait 6 métiers Vandenbrouck. La production augmentait mais les salaires restaient pratiquement inchangés. Toujours à Roubaix, deux, trois mois après, au début de 1963 environ, entrent des nouveaux métiers : les Texo. La production est encore augmentée par l'arrivée de ces métiers qui battaient 105 coups minute, soit 105 fois une duite. En fin d'année on avait rentré 24 Texo. *
En 1971, à un moment donné, les Texo ont augmenté de cadence et les salaires n'ont pas augmenté à cause d'une astuce de tarif horaire. Ce jour là, les .tisse-rands ont arrêté les métiers l'après midi. Au bureau, il n'y avait plus personne. Le chef de fabrication était au café du coin. Appelé par le concierge, il a assuré qu'il ferait son possible pour que ça s'arrange. Mais rien n'a bougé. Dans l'équipe du matin, personne n'avait rien vu. Les nouveaux métiers vont très bien au début et le travail n'est pas trop dur. Mais la direction a augmenté la vitesse des métiers et progressivement, ils se sont détériorés. Ce sera la même chose avec les métiers sans navette. C'était la façon de faire de la maison : on bousillait le matériel à la longue en le forçant. Il y a eu des casses, des heures payées à 85 . Le travail était de moins en moins agréable. A cette époque, les tisserands payaient les défauts qu'ils faisaient. Autant de mètres de piqûres (un fil de trame qui manque, par exemple), autant de francs en moins. C'était la pénalisation. Par contre , quand un fil de chaîne cassait, le tisserand avait un tarif progressif. Plus il y avait de casse, plus le tarif augmentait parce que le travail était plus difficile et qu'il fallait compenser la perte de temps car le travail était payé à la production. Mais, à un moment, les taux de casse n'ont plus été payés, sous prétexte que les piqûrières avaient autre chose à faire que de compter les fils cassés. Les tisserands n ont plus eu alors aucune contrepartie. Ils ont été obligés de « s'arranger » pour compenser cette perte de salaire. En d'autres mots. Ils étaient obligés de tricher... et le patron le savait et fermait les yeux. Le tisserand a vu qu'il était « carotté » ; il a fait pareil.
A Leers, c était la même chose. Il y avait 60 métiers Diederich et 10 Saurer. Ces métiers battaient 140 /160 duites minute. Le chargement se faisait directement par navettes sans arrêt de machine. Les ouvriers étaient au compte, c'est à dire à la production. La production était plus forte-.mais la qualification inférieure, d'où une différence de 2 a 3 francs à l'heure par rapport aux tisserands de Roubaix. Comme les ouvriers de Leers produisaient plus qu'à Roubaix et gagnaient moins l'idée est évidemment venue de compenser cette inégalité en « s arrangeant » eux aussi. En 1969, un tisserand de Leers avait 10 métiers Diederich et un baril-leur : l'ouvrier chargé de remplir les navettes et de les mettre dans les râteliers de chaque métier. Ce barilleur faisait 20 métiers. C'était un manœuvre non qualifié. Même processus : on demandait toujours plus aux métiers qui se sont dégradés comme à Roubaix. Les salaires n'ont jamais augmenté en proportion.
Fin 1971, il y eut quelques essais de métiers sans navette.. Plusieurs marques n'ont pas fait l'affaire. En 1971, à titre d'expérience, deux tisserands avaient 6 Texo et un métier sans navette Diederich à l'essai Cela a duré quelques mois. Salaire : 20 centimes de plus parce qu'ils avaient un métier de plus ! Ces métiers semblaient très intéressants : beaucoup moins de travail pour l'ouvrier. En 1972, la direction décide d'équiper le tissage de Roubaix avec trente métiers sans navette Diederich. La rentrée et la mise en place s'échelonneront pendant toute l'année. Les tisserands ont gardé leur qualification et le même salaire alors que les métiers battaient à 200 coups minute. Pour avoir une augmentation, un tisserand a dû venir avec une feuille de paye d'une autre usine.
Un petit fait divers : au moment où se montaient ces nouveaux métiers, pour gagner du temps, le patron faisait travailler les monteurs le samedi et le dimanche. Ils venaient de l'Isère. Tous les quinze jours il leur payait l'avion pour retourner un week-end sur deux chez eux. A Leers, même type de métiers à partir du septembre 1974. Il y a trente métiers dans un premier temps. Et ensuite s'installent 24 autres métiers du même type, mais un peu plus petits, venant d'une usine qui avait fermé. Cela se fait entre octobre 1974 et juin 1975.
A partir de juin 1975, c'est le regroupement total du tissage à Leers. Donc les trente métiers de Roubaix sont arrivés à Leers. Quand le regroupement a été fait à Leers, il y avait au début des écarts de salaire entre les tisserands venant de Roubaix et la majorité de ceux de Leers. Le motif invoqué était celui-ci : on disait aux tisserands de Leers « Vous n'avez pas l'habitude de ces métiers comme les tisse-rands de Roubaix. Il faudra attendre que vous ayez l'habitude ». Comme la différence était un peu justifiée, mais l'écart devenait de plus en plus grand à chaque augmentation de salaire, et-les choses n'ont jamais été vraiment clarifiées. Il y avait une prime de présence et d'assiduité, elle marchait d'après les horaires des ateliers. Sur celle-ci il faut savoir deux choses : elle re -présentait 8,33 du salaire mensuel, c'est à dire environ 10 du salaire annuel. Cet « avantage pécuniaire » nous a été acquis grâce à l'action des travailleurs alsaciens du groupe : 3 semaines de grève avec occupation des locaux avec pour principale revendication, le 13 ème mois. Cela se passait en 1968...
Chez Deffrenne qui pourtant faisait partie du Groupe Schiumpf, he bien, on faisait paisiblement nos 40 heures sans se préoccuper de ce qui se passait en Alsace. Par exemple, pour le tissage, sur une base de 46 heures on ne pouvait pas faire moins que l'horaire de l'atelier. Donc pas question de 40 heures. Un samedi où on ne venait pas, on vous supprimait 50 de la prime. Il y avait tout un système dégressif tant et si bien que tout le monde se pliait à l'horaire pour toucher la prime. A partir de 1971, les heures supplémentaires ont été vraiment payées et notées comme telles. Avant c'était « à la tête du client ». Les uns touchaient leurs heures supplémentaires ; pour les autres, c'était soi-disant des heures de récupération. Tout était en place en juin 1975... Un an avant le grand krach de 1976.

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Re: Ballade dans le temps des batailles pour l'emploi.

Message  zoubida le Mar 30 Oct - 9:43

LES PERIPETIES D'UNE OUVRIERE TEXTILE.
Depuis un certain temps vers 1963, les usines de Roubaix commençaient à fermer leurs portes. Cela faisait la 2ème fois que je me trouvais sans travail ; ça n'était pas encore trop grave, car on pouvait encore se reclasser. En 1971, Roussel, rue des Arts, déposait son bilan, et c'est ainsi qu'avec douze de mes camarades nous nous sommes retrouvées chez Defrenne dont l'usine tournait à plein rende-ment. Elle demandait toujours des ouvrières, leur assurant 45 heures de travail par semaine. C'était assez loin de chez moi, mais je n'avais plus le choix. H fallait travailler coûte que coûte, même si pour le trajet, il y avait 35 minutes en bus ; je devais en prendre 2 ce qui était onéreux ( 550 F par an ). Je partais de chez moi à 6 heures du matin pour rentrer le soir à 18 h 30. J'appris vite ce qu'était l'établissement Defrenne. Nous allions de désenchantement en désenchantement. On sentait que nous n'étions pas les bienvenues, on se rendait compte qu'on nous considérait, venant d'ailleurs, comme de mauvaises ouvrières. Il n'y avait que les ouvrières de chez Defrenne qui savaient travailler, « d'après eux ». On nous donnait tout le mauvais travail et cela pendant les 5 ans du contrat. Voilà ce qui se passait au piqûrage, on avantageait les unes au détriment des autres, car les chefs d'atelier avaient une méthode bien à eux pour avoir les ouvrières en main : « diviser pour régner» c'était sans doute leur devise. Si une ouvrière révoltée par tant d'injustices réclamait pour le mauvais travail qu'on lui donnait sans arrêt (le travail étant distribué par la contre-dame), on lui mettait le double de mauvais travail ; comme cela c'était radical, cela faisait taire le récalcitrante. C'est souvent que l'on entendait dire par le chef « Si vous n'êtes pas contente, il y a la porte », fort de savoir que les emplois se faisaient de plus en plus rares. Tout cela était commis de façon cynique ; c'était un véritable joug que l'on supportait. Je n'ai jamais pu m'habituer à cette atmosphère et c'est bien des fois où j'ai serre les poings, de me sentir impuissante devant tant d'injustice et de méchanceté ; sans compter les mouchardes qui se faisaient un plaisir d'envenimer les choses, c'est vrai que leurs services étaient payes en retour : elles avaient le bon travail. Ce climat me pesait et si j'avais eu la chance de trouver du travail ailleurs, c'est avec joie que je serais partie. Pourtant, le travail me plaisait ;dans mon coin, les ouvrières s'entendaient bien, il y avait une bonne ambiance. On gardait le moral envers et contre tout, il le fallait bien . Quelquefois, on entendait du remue ménage au bout du piqûrage, c'était le patron qui faisait une entrée bruyante, petit, rondouillard, toujours tiré à quatre épingles et laissant derrière lui un sillage parfumé. Il était exubérant, passant dans les rangs de table, serrant des mains. Verbe haut, il apostrophait surtout ses-anciennes ouvrières, les appelant par leur prénom, et les jeunes filles, leur taisant des compliments sur leur toilette. Souvent, en passant, il posait des questions sans attendre les réponses, c'était une attitude, on sentait bien qu'il n'y avait aucun intérêt de sa part. Il m'a toujours déplu par son attitude envers les ouvrières, il se croyait obligé de parler patois ou d'être grivois pour se mettre au niveau des ouvriers. Moi, cela m a toujours énervée, il y avait des ouvrières qui se trouvaient flattées, moi pas C'était un patron qui ne tenait pas sa place. Il pouvait être poli sans faire tout ce cirque. Quand j'ai su tout ce qu'il avait fait, comparé à tout ce qu'il nous racontait, c'était un joli comédien. Des compliments pour notre travail, ça on en avait vers la fin de 1 entreprise, mais de l'augmentation : « ceinture ». Les derniers mois de travail au piqûrage passèrent dans une atmosphère apparemment détendue, les chefs ayant abandonné leur superbe.

INCENDIE A L'USINE DE ROUBAIX.
En 1965, un incendie s'est déclaré subitement au moment de 1 arrivée de l'équipe de nuit, probablement au dépôt de matières premières (fil synthétique, schappe. laine et polyester). On avait touche la paye, mais quelques ouvriers avaient oublié leur paye dans la poche de leur bleu. Sur chacune des 50 tables de travail, 5 ou 6 pièces étaient disposées. Une centaine de pièces, rentrées des apprêts étaient a 1 intérieur de l'usine, lors de l'incendie. On a pu sauver du sinistre seule-ment quelques pièces. Tout a été consumé. Cause : inconnue. Dégâts : considérables-matières, machines, bâtiments, affaires personnelles des travailleurs. Pas de victimes, le secteur piqûrage a été complètement détruit et une partie du tissage. Finalement les dégâts portèrent essentiellement sur les stocks : environ 1500 pièces de tissu furent détruites ainsi qu'un important stock de matières premières dont une grande partie n'était plus utilisable parce que démodée ; par contre l'outil de travail a été peu touché.
La police a procédé à une enquête, mais les résultats n'ont jamais été publiés. L'agent d'assurances, lui-même, a dit : « On n'y comprend rien, le feu semble avoir pris partout en même temps ». L'indemnité versée a couvert la totalité du sinistre. Les vêtements de travail brûlés ont été remboursés à leurs propriétaires. Une quinzaine de jours plus tard, le piqûrage reprenait rue Volta, au rythme de 10 heures par jour.... Personne n'a plus jamais reparlé de l'incendie. Un personnage inconnu jusque là des travailleurs a fait son apparition dans l'entreprise, Fritz Schiumpf, hautain, méprisant, autoritaire. Il a ordonné à un employé se trouvant dans son bureau de « vider les lieux ». Jean Deffrenne devient alors le subalterne aux yeux des travailleurs. Cela provoque un sentiment d'insécurité d'autant plus que Frirz Schiumpf donne de lui une image non^rassurante. Cela fut vérifié parla suite, par la mise en place d'un contrôle (Monsieur Baer).

APRES L'INCENDIE.
L'atelier étant ravagé par l'incendie, Monsieur Deffrenne nous autorisa à travailler chez nous pour nous permettre de gagner un peu d'argent. Nous avons été payés bien sûr les trois semaines qui suivirent l'incendie. Inactifs, nous pûmes faire quelques pièces chez nous, cela nous permit de mettre un peu d'argent de côté (Maman étant veuve, il en fallait). Cela dura trois semaines environ. Il y eut beaucoup de licenciements à cette époque là, le temps que Monsieur Deffrenne trouve un nouvel atelier, plutôt un local, chez Cavrois. Pendant 2 ans, nous nous y installâmes tant bien que mal. C'était propre et bien chauffé. Une fois installés et habitués, il fallut partir pour un nouveau local, rue du Pays cette fois. Pour pas mal de 'personnes, cela voulait dire changement d'horaires, changement de bus, nouveaux problèmes familiaux. Mais alors là, pour travailler dans ce local, il fallait vraiment avoir besoin d'argent. Nous avons travaillé plusieurs mois dans des conditions vraiment désastreuses. C'était une usine désaffectée, trouée de toutes parts. Même en période d'hiver, nous devions travailler avec manteaux et bonnets... Bien entendu, il n'y avait pas de chauffage. D'ailleurs cela n'aurait pas servi à grand chose dans ce « gruyère ». Pour aller aux toilettes par temps de pluie, il fallait prendre son parapluie et les WC étaient vraiment archaïques. Cela ne dura que quelques mois. Cela a marqué toutes celles qui étaient là à cette époque. Ensuite nous réintégrâmes notre atelier rue Dampierre à Roubaix. Un atelier rénové de fond en comble.


CLIMAT SOCIAL DE L'ENTREPRISE.
P'tète ben qu'oui, p'tète ben qu'non ! Plait qui peut.
Jusqu'en mai 1968, les travailleurs étaient organisés dans quatre syndicats (CGT, FO, CFDT, CFTC). Leur rôle était fictif, car l'esprit paternaliste de J. Deffrenne dominait, en effet, les revendications n'aboutissaient pas à des conflits mais se trouvaient étouffées. Les répercussions du conflit national ne se sont fait sentir que tardivement. Sous la pression des travailleurs de chez Stein, les salariés de chez Deffrenne partent en grève: Cette décision surprend J. Deffrenne et c'est à partir de ce moment là que fondamentalement les rapports entre salariés et Direction changeront. J. Deffrenne devient plus dis-tant, l'application de la convention collective se fait plus rigoureuse-ment, les rapports familiaux laissent place à des relations qui expriment les oppositions de classe. La suppression de certains « avantages » accordés aux travailleurs (cadeaux à l'occasion d'événements familiaux et de fêtes) fait place à des revendications légitimes ( ex : le paiement avec majoration de toutes les heures supplémentaires).

Colette : En 1970, il y avait des grèves, personne n'arrêtait.
Sylvie : En 1968, on a été obligé. Il y a des gens qui sont venus nous dire d'arrêter. Moi, je commençais à 5 heures du matin. Le patron, il est venu et il nous a dit : « Mes enfants, il faut arrêter ».

Question : Le patron vous disait : « Mes enfants » ?
Marthe : C'était notre papa. Nous, on l'appelait pépé quand on le voyait.
Joëlle : En 1968, il a été chez certaines personnes en disant : « Ce sera camouflé, y a personne qui le verra. Je vais rapporter du travail chez vous ». Une fois, il m'a arrêté dans la rue, j'allais à une réunion. « Si tu veux, je vais rapporter des pièces chez toi, il n'y a personne qui le saura et si tu connais des autres copines qui veulent...
David : Voici une autre anecdote. Ce jour-là, le patron aurait-il perdu la tête ? S'adressant à un ouvrier, il lui demande ce que contiennent les cartons vides empilés près de lui. - « Rien puisqu'ils sont vides », répondit l'ouvrier.

Question : A l'usine, quelle ambiance ?
Pascale : Moi, je sais bien que quand le directeur m'a déclassée et qu'il m'a demandé' d'aller au continu, forcément, il fallait bien que j'accepte puisque de toute façon le doublage allait disparaître. Quand je suis arrivé dans le métier, il m'a dit : « Tu vas avec Aline, elle va te faire voir le maniement ; tu vas voir, tu vas être bien ». Et puis le lendemain, il est venu dire : « Eh bien, t'es pas mieux ici qu'au doublage ? Il n'y a presque rien à faire. Moi je réponds non, j'appuie sur le bouton, ça va tout seul !
Quand je devais baisser la barre, je disais à Alice « S'il te plait, ne me quitte pas, tu vois les longs métiers ? ». Si je faisais tomber la barre, il n'y avait plus un fil. Alors je me disais « Bon, le casse-fil, surtout ne are quitte pas, les 2 cliquets, baisser la barre, appuyer sur le rouge, serrer le frein et remettre les cliquets, bé, je disais faut pas que j'oublie de remettre les cliquets ». Alors j'étais là, et puis c'était lourd ces barres là. Alors j'disais « Bon j'vais pas oublier » ; des fois, j'oubliais Alors, Alice me disait : « Alors, tes crochets ? ». A part ça, il n'y avait rien à faire.


A suivre...

zoubida

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Re: Ballade dans le temps des batailles pour l'emploi.

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